Réforme suspendue - RSA reste la transition précaire
Depuis l’automne 2025, le gouvernement a acté une suspension du calendrier de la réforme des retraites de 2023 : « aucun relèvement de l’âge » jusqu’en janvier 2028. Sur le papier, cela ressemble à une marche arrière. Dans la réalité, pour beaucoup de seniors déjà fragilisés, la suspension ne règle pas le cœur du problème : le sas de précarité entre emploi et retraite — et, trop souvent, ce sas s’appelle RSA.
1) Ce que la suspension change… et ce qu’elle ne change pas
La suspension « gèle » temporairement la montée en charge du report de l’âge, avec un horizon repoussé à janvier 2028. Concrètement, cela peut éviter, selon les générations, de devoir attendre davantage pour liquider ses droits. Mais attention : suspendre n’est pas abroger. Le sujet est repoussé, pas tranché.
Références : info.gouv.fr • solidarites.gouv.fr
2) Le cœur du problème : le « sas » ni emploi, ni retraite
En France, une part importante des seniors se retrouve dans une zone grise : plus en emploi, pas toujours indemnisés au chômage, et pas encore retraités. Ce « sas » n’a rien d’une pause confortable : c’est souvent une période de pertes de revenus, de santé qui se dégrade, et de démarches administratives épuisantes.
- En 2021, 16% des 55–69 ans étaient « ni en emploi ni à la retraite ». (source : Vie publique)
- L’Insee confirme que la part « ni en emploi ni à la retraite » monte fortement autour de 59–60 ans, avec un poids important des limitations de santé et de l’éloignement durable de l’emploi. (source : Insee)
Quand l’âge de départ recule (ou reste incertain), on ne crée pas automatiquement des emplois « de fin de carrière ». On allonge surtout le sas d’attente — et on déplace la charge vers d’autres prestations.
3) Pourquoi le RSA devient l’« antichambre » de la retraite… et pourquoi c’est violent
Un effet documenté : plus d’allocataires RSA à 62–63 ans
Une note de la DREES (mobilisée par le Conseil d’orientation des retraites) estime qu’un relèvement de l’âge de 62 à 64 ans s’accompagnerait (ordre de grandeur, sur données de référence) d’une hausse des dépenses hors retraites et hors assurance chômage, notamment via l’invalidité et les minima sociaux.
Dans cette estimation, on retrouve aussi un effet direct sur le RSA : environ +30 000 allocataires supplémentaires (62–63 ans) et environ +150 M€ de RSA versés sur la période considérée. (source : DREES / COR (PDF))
Le RSA n’est pas conçu pour « attendre la retraite »
Le RSA est un minimum social conditionné, pensé pour l’insertion. Or, quand on a 61, 62, 63 ans, qu’on a une carrière abîmée, des douleurs chroniques, parfois une inaptitude non reconnue… la logique « retour à l’emploi » peut se transformer en parcours d’obstacles.
Depuis la loi « plein emploi », l’inscription via France Travail est généralisée et le principe d’un volume d’activités d’accompagnement est mis en avant, avec un régime de sanctions déployé progressivement. (source : France Travail)
La mécanique de la précarité : on est trop « jeune » pour la retraite, trop abîmé pour retravailler réellement, et dépendant d’une allocation contrôlée. Le risque : basculer dans une pauvreté durable juste avant la retraite.
4) La double peine : carrières hachées, femmes, santé, métiers pénibles
Ce sas touche tout le monde, mais il frappe plus fort :
- les personnes aux carrières incomplètes (temps partiel subi, chômage long, périodes non validées, aidants) ;
- les femmes (interruptions plus fréquentes liées aux enfants ou à l’aide à un proche) ;
- les personnes avec limitations de santé non (ou mal) reconnues administrativement ;
- les seniors des métiers physiquement éprouvants.
On n’est plus seulement dans un débat « âge légal ». On est face à une question très concrète : qui finance l’attente ? De plus en plus, c’est l’individu — via l’appauvrissement.
5) Sortir du RSA “d’attente” : les pistes à connaître (et à activer)
1) Faire un point “droits retraite” tôt
Vérifiez vos trimestres, périodes validées, carrières longues, rachats possibles, et erreurs de relevé. Un simple écart peut coûter des mois de revenus. (source : Assurance retraite)
2) Étudier la retraite progressive
La retraite progressive peut permettre de réduire le temps de travail tout en percevant une partie de la pension, si les conditions sont réunies. Elle peut jouer un rôle d’amortisseur financier et psychologique. (repères : Le Monde)
3) Si la santé est en cause, explorer les voies “santé”
Invalidité, inaptitude, reconnaissance de handicap : démarches lourdes, mais parfois décisives pour éviter une bascule au RSA quand le travail n’est plus tenable. La DREES montre d’ailleurs que ces dispositifs absorbent une part importante du « report d’âge ». (source : DREES / COR (PDF))
4) Connaître les minima côté retraite (et ne pas confondre)
Le minimum contributif peut relever une petite retraite sous conditions. L’ASPA (minimum vieillesse) est un minimum de ressources soumis à d’autres règles, souvent à un âge plus tardif. Repères : Service-public.fr • DREES (fiche minimum vieillesse)
Conclusion : la suspension n’efface pas le sas — elle le repousse politiquement
La suspension jusqu’à janvier 2028 a pu soulager certaines personnes à court terme, mais elle ne règle pas l’angle mort : l’attente entre la sortie de l’emploi et l’ouverture des droits à la retraite. Cette attente se paie en pauvreté, en non-recours, en démarches épuisantes, et trop souvent en RSA sous pression.
Si l’on veut vraiment parler de “senior actif”, il faut sécuriser la fin de carrière réelle : santé, aménagements, transitions, et protection sociale digne — pas un couloir d’attente vers la retraite.
Pour aller plus loin
- RSA et sanctions possibles : Le Monde (20/03/2025)
Article proposé pour senior-actif.org — mise à jour : février 2026.