Emploi des seniors
Décryptage • Emploi des 50+
L’expérimentation « Boost 50+ » de France Travail met en scène un accompagnement renforcé pour les demandeurs d’emploi seniors. L’intention est louable et certaines personnes y retrouvent confiance. Mais si l’on regarde froidement l’échelle, les résultats et les mécanismes de discrimination à l’embauche, le récit “positif” ne doit pas masquer l’essentiel : la réponse reste trop petite face à un problème structurel.
Une réponse marginale face à un problème massif
Premier angle mort : la proportion. Dix-sept agences, quelques groupes, une poignée de participants… alors que le chômage et le sous-emploi des plus de 50 ans concernent un volume bien plus important. Mettre en avant une expérimentation de faible ampleur peut donner l’impression d’une action forte, alors qu’on reste sur une logique de “pilotes” et de vitrines.
Des résultats mis en avant… mais difficiles à interpréter
Deux CDI obtenus par un groupe est souvent présenté comme un succès. Pourtant, sans données détaillées, ce chiffre dit peu de choses : quelle qualité d’emploi ? quelle pérennité ? quelle part attribuable au dispositif plutôt qu’à une opportunité déjà existante ?
- taux de retour à l’emploi à 3, 6 et 12 mois,
- nature des contrats (CDI, CDD, intérim), temps partiel subi,
- niveau de salaire vs. trajectoire antérieure,
- comparaison avec un groupe “témoin” sans dispositif.
Un risque de déplacer la responsabilité sur les seniors
Ateliers de posture, “réponses aux questions pièges”, entraînement à l’entretien… utile, évidemment. Mais il y a un problème : cela peut installer une idée insidieuse — si le senior n’est pas recruté, c’est qu’il n’a pas “bien” répondu, pas “bien” formulé, pas “bien” incarné.
Or, le nœud du sujet est ailleurs : pratiques de recrutement discriminantes, tri des CV à l’âge, obsession du “potentiel” associé à la jeunesse, gestion RH court-termiste. Former les seniors à naviguer dans ces biais ne remplace pas une politique qui les corrige.
« Apprendre à contourner les préjugés ne suffit pas quand les préjugés ne sont pas sanctionnés, ni corrigés par des règles et des objectifs. »
Déconstruire les préjugés… sans contrainte réelle pour les employeurs
Inviter des chefs d’entreprise à discuter est une bonne idée. Mais si cette sensibilisation ne s’accompagne d’aucun engagement, d’aucun suivi et d’aucune évaluation des pratiques, on reste dans la bonne volonté individuelle.
La lutte contre l’âgisme au travail ne peut pas reposer uniquement sur des ateliers ponctuels : elle demande des indicateurs, des objectifs, de la transparence et, parfois, des obligations.
Un risque de communication politique plus qu’une transformation durable
Dans un contexte de débats sur les retraites et l’allongement des carrières, ces dispositifs peuvent servir de caution : “nous agissons”. Mais agir vraiment, c’est aussi s’attaquer à ce qui coûte : formation continue après 45 ans, reconversions financées, adaptation des postes, reconnaissance de l’expérience, lutte effective contre les discriminations.
Le non-dit : tous les seniors ne sont pas “reclassables” sans changement de cadre
Une dernière limite, rarement posée : certains parcours cumulent pénibilité, santé fragilisée, métiers en disparition, ruptures longues. Pour ces personnes, la confiance en soi ne suffit pas : il faut des solutions réalistes, dignes, et sécurisées (reconversion, aménagement, passerelles, ou dispositifs de fin de carrière adaptés).
Ce qu’il faudrait pour une politique ambitieuse de l’emploi des 50+
Reconnaître ces limites ne revient pas à jeter le dispositif. Cela revient à exiger plus : un changement d’échelle et de logique.
- Des leviers côté entreprises : objectifs, transparence, lutte active contre la discrimination.
- Des parcours sécurisés : formations réellement accessibles après 45 ans, reconversions financées.
- De la qualité d’emploi : postes durables, salaires cohérents, aménagements quand nécessaire.
- Des alternatives dignes : quand le retour à l’emploi n’est pas réaliste, éviter l’épuisement administratif.
Chez senior-actif.org, notre ligne est simple : les seniors n’ont pas besoin d’être “réparés”. Ils ont besoin d’être reconnus, protégés et pleinement intégrés dans des politiques publiques qui traitent enfin l’âgisme comme un problème sérieux — pas comme un sujet d’atelier.
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